Le dernier constat de l’Insee est sans appel : 9,8 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté monétaire en France métropolitaine en 2024. Le taux de pauvreté reste fixé à 15,4 %, son niveau le plus élevé depuis 1996, année où commence la série statistique comparable utilisée aujourd’hui.

Ces résultats, publiés le 9 juillet 2026, montrent que le record atteint en 2023 ne s’est pas résorbé. Malgré le ralentissement de l’inflation et une progression moyenne des niveaux de vie, la pauvreté demeure à son point haut et son intensité augmente légèrement. Pour la CNL, cette situation ne peut pas être séparée de la crise du logement : quand le loyer et les charges absorbent une part croissante des ressources, le reste à vivre s’effondre.

Ce que signifie réellement ce record

En 2024, le seuil de pauvreté monétaire s’établit à 1 337 euros par mois pour une personne seule. Il correspond à 60 % du niveau de vie médian. Il s’agit donc d’une mesure relative : elle compare le revenu disponible d’un ménage à celui du milieu de la population, en tenant compte de sa composition.

Parmi les 9,817 millions de personnes comptabilisées comme pauvres :

  • la moitié dispose de moins de 1 074 euros par mois par unité de consommation ;
  • le niveau de vie médian des personnes pauvres se situe 19,7 % sous le seuil de pauvreté ;
  • 22,4 % des enfants vivent sous le seuil ;
  • le taux atteint 34 % dans les familles monoparentales ;
  • 36,1 % des chômeurs sont concernés ;
  • même l’emploi ne protège pas toujours : 6,9 % des salariés vivent dans un ménage pauvre.

Il faut aussi comprendre les limites de cette statistique. Elle porte sur les personnes vivant dans un logement ordinaire en France métropolitaine. Les personnes sans domicile ou vivant dans certaines structures collectives ne sont pas intégrées à ce décompte. Le nombre de personnes confrontées à la grande précarité ne se résume donc pas aux 9,8 millions mesurés.

Surtout, le seuil ne décrit pas directement ce qu’il reste une fois le logement payé. Deux ménages disposant du même niveau de vie peuvent connaître des situations radicalement différentes si l’un paie un loyer modéré et l’autre un loyer très élevé, des charges importantes ou des factures d’énergie difficiles à maîtriser.

Des inégalités également à un niveau historique

L’Insee souligne que les inégalités de niveau de vie atteignent en 2024 leur niveau le plus élevé depuis le début de la série, il y a près de trente ans. Les 20 % de personnes les plus aisées reçoivent une part de l’ensemble des niveaux de vie 4,62 fois supérieure à celle perçue par les 20 % les plus modestes.

La progression moyenne du niveau de vie ne suffit donc pas à faire reculer la pauvreté. Les revenus ont augmenté en bas de l’échelle, mais pas davantage que le niveau de vie médian qui détermine le seuil. Dans le même temps, les revenus situés tout en haut de la distribution ont fortement progressé.

Ce constat rappelle une évidence : la pauvreté n’est pas seulement le résultat d’accidents individuels. Elle dépend aussi de la répartition des richesses, du niveau des salaires et des prestations sociales, de l’accès aux services publics et du coût des besoins essentiels — au premier rang desquels figure le logement.

Le logement amplifie la pauvreté

Le logement est le premier poste de consommation des ménages. En 2024, les dépenses liées au service de logement — loyers réels ou imputés, énergie, eau et autres charges — représentent 27,8 % de leur consommation finale.

Cette moyenne masque des écarts considérables. Selon les données de l’Insee portant sur 2023, le quart des ménages aux niveaux de vie les plus faibles consacre en médiane 31 % de ses revenus au logement, après déduction des aides. Ce taux d’effort médian monte à :

  • 42,3 % pour les locataires modestes du parc privé ;
  • 30,3 % pour les locataires modestes du parc social.

Autrement dit, pour beaucoup de ménages, le loyer, les charges, l’eau, l’énergie et l’assurance habitation prélèvent près d’un tiers des ressources — parfois plus de quatre euros sur dix — avant même d’acheter de la nourriture, de se déplacer, de se soigner ou d’habiller les enfants.

Début 2024, un tiers des ménages déclaraient rencontrer des difficultés pour chauffer correctement leur logement. Un tiers des locataires estimaient également leur logement trop cher. Cette contrainte est particulièrement forte pour les personnes seules et les familles monoparentales, déjà surreprésentées parmi les personnes pauvres.

La pauvreté monétaire devient une pauvreté vécue lorsque le logement ne laisse plus assez pour vivre. C’est pourquoi défendre les locataires revient aussi à combattre la pauvreté.

Les aides au logement sont une protection, pas un privilège

Les prestations sociales empêchent des millions de personnes de basculer sous le seuil de pauvreté. Selon la Drees, les prestations de solidarité et les impôts directs ont ramené en 2023 le taux de pauvreté de 21,7 % avant redistribution à 15,4 % après redistribution. Sans eux, 13,8 millions de personnes auraient été pauvres, contre 9,8 millions après leur prise en compte.

Les prestations de solidarité représentent 36 % du revenu disponible des ménages pauvres, dont 9 % proviennent des aides au logement. Elles ne constituent donc pas une dépense secondaire : elles permettent de payer une partie du loyer et évitent l’aggravation des impayés, des expulsions et du sans-abrisme.

Pour la CNL, diminuer les aides personnelles au logement ou les laisser décrocher du coût réel des loyers revient à transférer directement la charge sur des ménages qui n’ont déjà plus de marge. Les aides doivent être revalorisées, mieux adaptées aux dépenses réellement supportées et accessibles à toutes les personnes qui y ont droit.

Le combat de la CNL face à la pauvreté

La CNL agit sur les causes concrètes de l’appauvrissement lié au logement. Ses revendications et son action quotidienne s’organisent autour de plusieurs priorités.

1. Geler les loyers pour protéger immédiatement le reste à vivre

Lorsque le taux de pauvreté atteint un record, de nouvelles hausses de loyers ne peuvent pas être considérées comme indolores. Quelques dizaines d’euros supplémentaires chaque mois suffisent à déséquilibrer un budget déjà contraint.

La CNL demande donc le gel des loyers dans le parc privé comme dans le parc social. Cette mesure d’urgence doit interrompre l’accumulation des hausses et prévenir les impayés. Découvrez la mobilisation de la CNL 76 et signez la pétition pour le gel des loyers.

2. Construire massivement des logements sociaux accessibles

Le parc social constitue l’un des principaux remparts contre la pauvreté liée au logement, mais l’offre est insuffisante. En 2025, les pouvoirs publics dénombraient 2,7 millions de demandes de logement social pour seulement 380 000 attributions annuelles.

La pénurie enferme des ménages modestes dans des locations privées trop chères, des logements trop petits, un hébergement chez des proches ou des situations d’urgence. La CNL défend une relance massive de la construction HLM, avec des loyers réellement compatibles avec les ressources des demandeurs, ainsi que la rénovation du parc existant.

3. Renforcer les aides personnelles au logement

Les APL et les autres aides au logement réduisent le taux d’effort des ménages modestes. Leur revalorisation doit suivre les loyers et les charges réellement acquittés. La CNL demande également que l’accès aux droits soit simplifié et que les ruptures de versement soient traitées rapidement, car un mois sans aide peut suffire à créer une dette locative.

4. Contrôler les charges et lutter contre la précarité énergétique

La défense du pouvoir d’achat ne s’arrête pas au loyer. Eau, chauffage collectif, entretien, ascenseurs ou prestations facturées doivent être justifiés et contrôlés. Les locataires ont le droit d’accéder aux pièces comptables et de contester les sommes indues.

La rénovation énergétique doit réduire les factures et améliorer le confort, sans devenir un prétexte à des hausses de loyer qui annuleraient le bénéfice attendu. La lutte contre les passoires thermiques doit être financée de façon à protéger les occupants les plus modestes.

5. Empêcher que la pauvreté conduise à perdre son logement

Un impayé est souvent le résultat d’un budget devenu impossible, pas d’un refus de payer. Plus l’accompagnement intervient tôt, plus il est possible de négocier un échéancier, de mobiliser les aides existantes et d’éviter une procédure d’expulsion.

La CNL accompagne les locataires dans leurs courriers, leurs démarches auprès des bailleurs et des organismes sociaux, les commissions de conciliation et, lorsque cela devient nécessaire, la préparation de leur dossier juridique.

6. Garantir un logement digne à tous

La pauvreté ne doit jamais condamner à accepter l’humidité, le froid, les nuisibles ou des équipements dangereux. Le droit à un logement décent s’applique à tous les bailleurs. La CNL 76 demande également un contrôle préventif renforcé avant chaque relocation, y compris dans le parc social.

S’organiser pour ne pas rester seul

Les chiffres nationaux prennent un visage concret dans les permanences de la CNL 76 : hausse de loyer incomprise, régularisation de charges impossible à vérifier, logement humide, panne de chauffage, dette locative ou difficulté à obtenir une réponse du bailleur.

Face à ces situations, l’action collective permet de :

  • vérifier les loyers et les charges ;
  • demander les justificatifs et les travaux nécessaires ;
  • saisir les organismes et commissions compétents ;
  • faire remonter les problèmes communs à toute une résidence ;
  • représenter les locataires dans les conseils d’administration des bailleurs ;
  • porter auprès des pouvoirs publics des revendications fondées sur les réalités vécues.

Les élections des représentants de locataires en 2026 constituent à ce titre un rendez-vous essentiel : chaque voix renforce la présence des locataires dans les instances où se discutent les loyers, les charges, les travaux et la qualité du service.

Faire reculer la pauvreté exige une politique du logement

Le maintien du taux de pauvreté à 15,4 % n’est pas une fatalité. Les données montrent que la redistribution fonctionne, mais qu’elle doit être renforcée. Elles montrent aussi qu’une politique de lutte contre la pauvreté qui ignorerait les loyers, les charges, l’énergie, la construction sociale et la prévention des expulsions manquerait sa cible.

Pour la CNL 76, le logement doit redevenir un droit et un bien de première nécessité. Cela suppose de geler les loyers, produire davantage de logements sociaux, revaloriser les aides, contrôler les charges, rénover sans pénaliser les habitants et donner davantage de pouvoir aux locataires.

Vous rencontrez des difficultés liées à votre loyer, vos charges ou l’état de votre logement ? Contactez la CNL 76 ou venez à une permanence de section avec votre bail et vos justificatifs. Vous pouvez également adhérer à la CNL 76 pour renforcer l’action collective.

Sources officielles